cet été je discute avec pauline #1 pauline > capucine
Capucine,
Je ne sais pas de quelle manière commencer ce mail…Je viens de poser mon téléphone après avoir mis un cœur sur une des tes réponses sur Whatsapp. C’est étrange d’ailleurs quand on y pense, de quelle manière on valide les retours des autres depuis ces applications. Comme si un cœur au bas des mots de l’autre faisaient réponse. Tu ne trouves pas que c’est étrange ? On devient archi présent·e même dans le silence…
On discute souvent des nombreuses dérives de la société telles que nous les vivons. Et je crois que l’une des choses qui me perturbe le plus ces temps-ci, et qui t’a amenée à quitter instagram et moi à ta suite, c’est l’absence de silence.
L’humain fait de plus en plus de bruit, il émet des avis sur tout, tout le temps. On dirait un vieille réac’ quand je dis ça, alors que c’est tout le contraire (j’espère !). Car Tonton G. s’abstient rarement de dire ce qu’il pense sur le comportement des jeunes arabes qui squattent le Kiosque de la place au bout de sa rue. « Mais T*G* tonton… ».
Qu’est-ce que ça à voir avec l’été ?
Et bien tout ! C’est pour moi la saison par excellence du vide, que l’on tente bon an mal an de remplir avec des paillettes sur les maillots et du Spritz à l’apéro. Le cycle scolaire a tellement imprégné le calendrier que ces deux mois sont devenus une sorte de climax des loisirs et de « l’oisiveté ». Alors tu vois, je mets des guillemets, car je reviens de quelques jours passés à Biarritz et le monde est TOUT sauf oisif… Déjà les gens sont riches. Très riches l’été. Dans le parking où nous nous garons, les Tesla n’ont jamais été aussi nombreuses. C’est fou, moi qui croyais que depuis sa courte expérience politique il n’en vendait plus. Bref. Des Tesla, des sacs qui coûtent plus chers que ta maison et des lèvres pulpeuses. Alors oui, tu vas me dire : « Et toi tu faisais quoi là-bas alors? ». Et bien tout pareil que les riches mais avec moins d’argent. J’ai pris mon maillot, les serviettes vintages de la grand-tante de Loïc et je suis partie me tremper dans l’océan chéri. J’ai même bu un verre hors de prix sur la terrasse de l’Eden Rock Café. En gros, c’est un bar accroché surplombant la plage du Vieux port (ma préférée si tu veux savoir). Tu sais (non tu ne sais certainement pas) c’est cette plage où les Ours Blancs viennent nager 365 samedis par ans (c’est un club de retraité·es biarrot·es qui se baignent peut importe le temps). Le concept c’est de te servir un Prosecco à 9 EUROSSSS pour te laisser admirer le coucher de soleil que tu verrais tout pareil du rocher d’en face. On s’est retrouvé·es là comme deux saucisses, à avoir mal au c** sur ce caillou, à cause du prix du verre un peu aussi.
Bon la vue était superbe, je te mets la photo regarde :

Mais qu’est-ce qui nous a attiré comme des mouches ? Le bruit, le son de la musique électro savamment choisi en mode wavy décontractée, les rires et les éclats de voix des humains là haut. Beaux, lookés et attirants forcément. Un peu comme les Grecs qui voulaient atteindre le sommet de l’Olympe, tu crois pas ? Ça reste toujours les mêmes schémas. Les riches occupent les meilleurs places, font le plus de bruit et donne envie aux classes plus populaires de venir les rejoindre. Et si on peut en pousser un ou deux depuis le sommet ce sera ça de gagné non ?
Et ça reste toujours décevant car même si l’on arrive à trouver un petit bout de caillou pas trop pointu pour s’asseoir et bien on n’a pas les codes, les bons cheveux, la bonne silhouette etc. Et surtout on reste silencieux·se et on écoute. J’ai entendu les talons de la jeune fille au mini short de la photo riper sur la pierre, j’ai entendu le groupe de beaux mecs s’interpeller comme s’ils étaient seuls pour plonger depuis le promontoire, j’ai entendu la vapoteuse de cette fille au langage slave sous ses yeux blasés. On est vites parti·es. La vue était superbe mais on s’est senti·es moches et plumé·es.
C’est dingue que cela me fasse cet effet tout le temps. D’être attirée par ces espaces de popularité et de ne jamais en faire partie. Mais tu me diras c’est peut-être le même ressenti pour toutes les personnes que nous avons croisé ce soir là ? Elles faisaient beaucoup de bruit pour ne pas entendre le silence dans leurs tête, tu ne penses pas ?
Qu’est-ce que ça te fait dire toi ce silence de l’été ?
Je vais m’arrêter là pour ce premier mail. Si jamais la prochaine fois, je pourrais te parler d’un autre bruit, celui de ma famille espagnole et celui des enfants, mais promis, celui-là il sera beaucoup plus coloré et joyeux.
Je t’embrasse ma capu et j’attends ta réponse avec impatience.
A bientôt,
Ps : je retrouve le goût d’écrire sans attendre les petits cœurs, quelle joie !
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