cet été je discute avec pauline #2 capucine > pauline
Coucou Pauline,
merci pour ces nouvelles. Par quoi commencer ? Il y a tant à dire !
D’abord, j’adore les emojis ! Je les vois comme une manière d’exprimer une réaction, une émotion à une personne qui n’est pas en face de moi, pour lui faire comprendre ce qui se passe en vrai sur mon visage qu’elle ne voit pas. Bon je dis « je les vois » alors que ce n’est pas moi qui voit ça, c’est simplement à ça qu’ils servent… Bref, je ne mets pas un coeur sur WhatsApp pour signifier que j’ai bien lu, je mets un coeur pour signifier à la personne que je suis d’accord et/ou touchée par ce qu’elle dit. Je ne vois pas les coeurs sur WhatsApp comme les coeurs sur Instagram que l’on attend comme des messies lorsqu’on y publie quelque chose et qui modifient complètement notre manière d’écrire. Sur WhatsApp je parle avec mes ami·es, je n’attends pas de coeurs, ils sont là pour traduire mon visage inaccessible. Mais j’aime les emojis car les évolutions de la langue et des manières de communiquer me fascinent. Sais-tu qu’aujourd’hui les emojis sont analysés par les juges dans les procès et par les flics dans les enquêtes tant ils font partis des communications et tant ils révèlent des choses importantes ? J’avais écouté un podcast là-dessus il y a quelques temps. Si ça t’intéresse, je pourrai te le retrouver. Il y a un concept que je trouve hyper intéressant (que je connais mal mais que j’ai justement l’intention d’approfondir en mémoire de Master 2 l’année prochaine), c’est celui de « traduction culturelle ». Je ne sais pas par qui il a été théorisé d’ailleurs mais je crois que l’idée c’est qu’au-delà de la traduction purement linguistique, il y a la traduction de la culture dans laquelle on se trouve et de tous les moyens qu’on met en oeuvre pour la traduire aux autres qui sont différent·es de nous. Au sein d’un groupe on se comprend mais si on se rencontre depuis peu de temps, qu’on ne vient pas du même endroit et qu’on n’a pas le même âge, comment on fait, au-delà des mots, pour traduire à l’autre qui on est ?
Bref, je m’égare et tout cela n’a rien à voir avec l’été. Alors j’y reviens. Tu le sais bien maintenant, cette saison je la DÉTESTE ! Pour différentes raisons, depuis longtemps et de plus en plus chaque année. Peut-être que je m’appliquerai petit à petit, au fur et à mesure de nos échanges, à te « traduire » le mieux possible les raisons pour lesquelles je déteste cette saison. Tu commences par parler du silence. Je ne sais pas si, personnellement, je trouve cette saison vide. Je la trouve au contraire bruyante alors que justement moi, ce que j’aime, c’est le silence. Bon, le silence est un privilège bourgeois, ça commence mal… Mais il n’empêche que c’est vrai, cette explosion de bruit, de monde et même de joie, ce n’est vraiment pas ce que je préfère. Et puis comme tu dis, l’été c’est la saison des riches. De celles et ceux qui ont les moyens de rendre la chaleur agréable pendant que les autres continuent de la subir dans leur 30 m2 au milieu des bruits de klaxons et du béton brûlant qui transforment leurs nuits en fournaise. Alors oui, comme dit notre ami (non) Yann Barthès : « tout le monde a chaud ». Mais ce n’est pas pareil d’avoir chaud quand on peut bien dormir grâce à la clim et qu’on peut aller se baigner dans sa piscine ou à l’océan en sirotant un Spritz ou un rosé bien frais, le tout sans avoir à travailler dans un bureau qui n’est pas aéré la nuit ou pire encore, sur les toits ou à l’usine ! Quel connard celui-là je te jure. Né avant la honte comme on dit !
En revanche, pour ce qui est de la « culture des riches » à laquelle nous n’aurions pas accès, je dirais que là encore, la sociologie et les études culturelles ont des choses à nous apporter. Selon Bourdieu, les classes les plus populaires chercheraient, malgré elles et inconsciemment, à accéder aux cultures des classes dites « supérieures » sans jamais y accéder réellement en raison, comme tu dis, de l’absence des codes adéquats qui leur permettraient de passer inaperçus et de la présence d’autres codes qui viendraient constamment les trahir. Mais Richard Hoggart, fondateur des Cultural Studies, dans son ouvrage La culture du pauvre que je viens de lire en prévision de mon entrée en Master 2 montre bien que les classes populaires possèdent une culture propre et qu’elle est riche et suffisante, loin d’être un vide culturel en attente d’être rempli par la culture dite « légitime » des classes bourgeoises. Le problème réside encore et toujours dans le fait que cette culture populaire n’est pas considérée comme légitime, quoi que les choses tendent à changer maintenant que les classes bourgeoises s’approprient les codes des cultures populaires pour se distinguer mais c’est un autre sujet, je commence à nouveau à m’égarer…
Elle est très belle ta photo de Biarritz ! Je n’y suis allée qu’une seule fois à Biarritz, quand j’étais ado et que j’allais aux fêtes de Bayonne avec mes potes (quel enfer cet endroit d’ailleurs. Quand je pense que je me suis infligé ça deux été de suite uniquement pour ne pas avoir le FOMO… J’ai de la peine pour l’ado introvertie et angoissée que j’étais déjà mais que j’essayais de cacher). Je me souviens encore de la chaleur étouffante et des réveils à 11h avec la gueule de bois sous la tente devenue un four en plein soleil à chercher l’ombre pour pouvoir dormir encore un peu parce que déjà à 17 ans 4h de sommeil c’était trop peu pour moi. Tu vois je détestais déjà l’été mais comme je ne voulais pas passer pour la rabat-joie que j’étais déjà, je ne le disais pas. Depuis dix ans, je ne m’en prive plus ! Et s’il y a encore quelques années les gens me regardaient avec des yeux écarquillés quand je disais que je ne supportais pas l’été, depuis l’augmentation des températures et de la fréquence des canicules, les yeux s’écarquillent de moins en moins.
Bon ceci dit, je reviens du festival d’Avignon où j’ai du me rendre pour le boulot et je peux te dire que j’ai littéralement crevé de chaud ! Heureusement je me suis arrêtée en Lozère sur la route pour passer la nuit dans un village peu attractif et j’ai pu profiter d’une parenthèse inespérée ! Un gros orage, beaucoup de pluie, une nuit bien fraîche à 15 degrés et surtout un ciel comme je les aime. Oui parce que le ciel bleu, absolument identique chaque jour, sans nuage, et avec un soleil de plomb, voilà une des raisons qui me font détester l’été. Voilà c’est dit, le ciel bleu, ça me déprime. Sauf l’hiver quand il neige bien sûr 😊.
Je te laisse avec une photo de ce magnifique ciel de Lozère qui m’a transportée un bref instant dans les landes anglaises des Hauts de Hurlevent (oh la la que c’est snob de dire ça 🙄).
Allez je t’embrasse,
à tout vite pour la suite, en attendant la fin de cette canicule et l’arrivée de la suivante (rabat-joie un jour…).
Raconte-moi le bruit de ta famille espagnole, il me tarde de te lire.
Capucine

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