QUAND JE NE DIS RIEN

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Il y a quelques jours, pendant le repas, mon enfante de 8 ans nous a dit : « Mais comment on va faire le jour où on va ouvrir le robinet et qu’il n’y aura plus d’eau ? ». Comme ça, sans crier gare, cette question est venue s’insérer au milieu d’une conversation qui n’avait rien à voir. J’ai lâché un sanglot immédiat que je n’ai pas pu retenir. Puis je me suis contrôlée pour ne pas pleurer davantage et je lui ai juste répondu : « Pour le moment il y a de l’eau ». Je n’ai rien su faire d’autre, mon conjoint a pris la suite. 

Hier après-midi dans la voiture mon autre enfant de 10 ans nous a dit : « Je suis pas pressé d’être plus tard ». Je lui ai demandé de préciser un peu ce qu’il voulait dire et il a répondu : « Ben plus tard il fera hyper chaud, il n’y aura plus d’eau, tout sera hyper pollué on ne pourra plus respirer, ce sera horrible en fait ». Mon coeur s’est serré très fort, j’ai retenu mes larmes, je n’ai pas répondu tout de suite pour prendre le temps de réfléchir à ma réponse. Après un petit moment j’ai répondu quelque chose comme : « C’est pour ça que je lutte autant que je peux, individuellement et collectivement. Et c’est pour ça que, sans vous faire peur et en vous protégeant le plus possible, j’essaye de toute mes forces de vous transmettre les valeurs de la lutte. Il faudra se battre et ne jamais lâcher ». Il n’a rien répondu. 

Je ne sais pas pourquoi je raconte ça ici, parce que je suis dépassée, démunie. Je ne sais pas si mes réactions et les réponses que je leur donne sont les bonnes. Vu le contexte, je ne pense pas qu’il existe de bonnes réponses de toute façon. Je fais tout mon possible pour ne pas leur voler leur enfance mais les enfant·es ne vivent pas dans une bulle. Iels savent que leur avenir est sombre et mes enfant·es savent depuis toujours que leur présent est déjà bien plus lumineux que celui de beaucoup d’autres enfant·es de leur âge, ici en France et à travers le monde. Je fais tout mon possible pour ne pas leur voler leur enfance mais la réalité est ce qu’elle est et le confort des un·es s’appuie sur l’exploitation des autres. C’est contre ça qu’on se bat. Iels le savent.

Comment on fait pour accompagner des enfant·es de façon juste ? Sans les plonger dans l’anxiété ni leur faire peser des responsabilités trop lourdes à porter pour leurs épaules et pour leur coeur ? C’est la question que je me pose sans cesse depuis qu’iels sont sur terre. J’ai toujours vécu avec des troubles de l’anxiété, certains plus invalidants que d’autres. Ça fait aussi partie de mon quotidien mais aussi de celui de mes enfant·es maintenant. Iels vivent avec mes troubles et moi depuis leur naissance et les accompagner dans la vie alors que je ne parviens même pas à m’accompagner moi-même n’est pas une tâche facile (être parent est loin d’être facile de toute façon). Est-ce que je leur transmets l’anxiété ? Sûrement un peu. Est-ce que je m’en veux ? Evidemment. Je fais de mon mieux et accompagner des enfant·es dans la vie, c’est forcément mentir un peu. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, l’enjeu est de trouver le bon dosage de mensonge pour conscientiser sans effrayer, responsabiliser sans culpabiliser, donner des valeurs de justice sociale sans alourdir et donner de la joie en gardant un soupçon de lucidité.

Alors force à elleux (et force à nous aussi). 


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