« L’esclave ne possède pas son propre corps et il ne possède pas non plus l’enfant sorti de ce corps », Toni Morrison
Cet été j’ai lu Beloved. Je voudrais pouvoir décrire ce que ce livre m’a fait mais c’est impossible je crois. Dès le début je me suis dit – et cette sensation ne m’a pas lâchée jusqu’à la fin du livre – comment c’est possible d’écrire ça ? Comment c’est possible de faire vivre ça avec des mots ? Juste des mots ?
Beloved est bien plus qu’un livre je crois, c’est une expérience incroyable et je voudrais maintenant passer ma vie à l’analyser pour tenter de la comprendre (pas du tout exagéré). Mais comme je ne peux pas faire ça parce que nous sommes dans la vraie vie et que dans la vraie vie je ne suis pas chercheuse en littérature (dommage), je vais seulement continuer à lire et arpenter l’œuvre de Toni Morrison tout en écoutant des podcasts.
« Pour les femmes noires esclaves, avoir un enfant dont vous êtes responsable, qui vous appartient, c’est ça la vraie liberté. Car ils prenaient ces enfants, vous n’aviez pas d’enfants. Vous les aviez certes produits mais ils n’étaient pas à vous. Ils pouvaient être vendus, ils étaient vendus. Donc être mère était une liberté incroyable. Et donc en tranchant le cou de cette petite fille, Margaret Garner disait « cette enfant est à moi ». Et réclamait cette enfant, même si çadevait se terminer dans le sang, ce n’en était pas moins la liberté. La capacité d’agir c’était être mère ». Toni Morrison, 2013
Au micro d’Adèle Van Reeth, Claudine Raynaud dans l’émission Les chemins de la philosophie a dit en 2021 qu’en tuant son enfant, Margaret Garner dans la vraie vie puis Sethe dans le roman EST mère et A son enfant. C’est une question d’être et d’avoir. Le meurtre ici est alors une affirmation de subjectivité. Et elle poursuit : « Margaret Garner, si elle avait été jugée pour meurtre aurait été ou « sujet« . Mais elle a été jugée pour vol (le vol du bébé qui était la propriété du maître), elle reste donc « objet« ». Alors comme le dit si justement Sethe : « Ou est-ce que je mets ça dans mon cerveau maintenant ? ».
J’avais lu L’œil le plus bleu il y a quelques années, j’avais aussi lu Récitatif plus récemment et ces deux livres m’avaient déjà bien bouleversée. J’ai commencé Jazz que je trouve tout aussi impressionnant mais sur lequel j’accroche moins. Je lirai sûrement Sula, Home… il y en a tellement ! Lequel préférez-vous ? Lequel me conseillez-vous et pourquoi ?
Merci de m’avoir lue et merci pour vos conseils si vous en avez.


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