QUAND JE NE DIS RIEN

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6 août 2025

« L’été de Marguerite Duras »

Il fait chaud. Il est 10h et il fait déjà chaud. Le soleil n’est pas encore haut dans le ciel pourtant il brûle déjà. Le ciel ici est d’un bleu incroyable. Le bleu des feutres sur les dessins d’enfant. Je ne vois aucun nuage. Aucun, même pas au loin. Je ne vois que le bleu et le soleil qui brûle. Une nouvelle canicule arrive. Depuis celle de fin juin / début juillet, il n’y en avait pas eu. Mais on la craint maintenant, on sait qu’elle n’est pas loin. Elle menace et transforme nos étés, les rendant plus pesants.

Je me demande quel temps il fait à Gaza. Je regarde la météo sur mon téléphone. La journée il fait autour de 30, parfois 35, comme ici. Mais la nuit il fait chaud. 25, souvent 26 et parfois même 27. Aucun répit. La chaleur accable jour et nuit les habitant·es de Gaza. Il est encore plus difficile d’avoir soif quand la chaleur étouffe. Mais est-il plus facile d’avoir soif quand il pleut ? La soif accable jour et nuit les habitant·es de Gaza. Elle est celle qui les tue si ce n’est pas une bombe. Et que font les enfants ? Savent-ils encore sourire ? Savent-ils encore aimer ? Savent-ils vivre sans la peur seulement un bref instant ? Hier soir C. a dit « ce n’est pas un génocide. Ou alors le 7 octobre aussi est un génocide ». Comment on range ces mots dans sa tête une fois qu’on les a entendus ? J’ai essayé de dire ce qu’est un attentat, ce qu’est un génocide. J’ai essayé de dire le temps et les bombes qui explosent chaque jour et chaque nuit depuis maintenant des mois. Que ce n’est pas un « attentat », mais que ça porte un autre nom. Mais ça n’a servi à rien. Comment je fais alors avec ces mots atroces ? Je les ai entendus j’aimerais les oublier. Je pourrais les rouler en boule les jeter – retour à l’envoyeuse – mais je sais bien hélas que ça ne changera rien, je serai toujours hantée car ils ont été dits ils ont été pensés et si C. les pense et son mari aussi c’est que beaucoup les pensent et que beaucoup les disent. Comment on fait alors pour vivre ce présent ? Où les idées se brouillent où les cœurs se durcissent ? Où les enfants ont faim où les mères pleurent les pères où les vies sont volées ? C’était pareil avant, ça a toujours été. Alors on continue même si maintenant on sait ? On regarde disparaître un peuple tout entier et on entend les mots des blancs bien protégés, prononcés sans rougir par leurs bouches égoïstes ? Formulées sans trembler dans leur têtes noyées par l’alcool qu’ils avalent le soir pour oublier qu’ils sont devenus des monstres et qu’ils devraient pleurer ?

Il fait chaud ici, le ciel est bleu, les enfants rient et courent sur la plage, boivent de la grenadine, il fait frais la nuit et les marmots dorment dans leur lit. Comment on fait alors ? On regarde le ciel bleu en sachant qu’a Gaza c’est le même ciel qu’ici mais qu’il est devenu blanc car il y pleut des bombes ? Mais qu’il est devenu gris car il emporte les âmes chaque jour et chaque nuit de celles et ceux à qui on a ôté la vie ?

[consignes d ‘écriture : atelier FOLIA, Émilie Deseliène]


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