
Je ne relis quasiment jamais un essai, en tous cas jamais en entier. Comme je prends beaucoup de notes en lisant, il m’arrive régulièrement de réouvrir un essai pour trouver une information ou une réflexion, il m’arrive de relire des passages, mais relire un essai de bout en bout, c’est extrêmement rare. Une discussion avec des ami.es m’a conduite à leur conseiller la lecture de cet essai de Léane Alestra et le lendemain j’ai eu envie de le relire, en entier ! Je ne le ferai pas avec n’importe quel essai mais celui-là est tellement riche et en même temps tellement facile à lire qu’il se prête très bien à une relecture. Cet essai fourmille d’anecdotes, de références en tous genres (historiques, théologiques, littéraires, cinématographiques, sociologiques etc.). C’est le genre d’essai qui se lit comme un roman et qui permet d’apprendre beaucoup de choses et de nourrir une réflexion.
Léane Alestra s’applique dans cet essai à nous montrer en quoi l’hétérosexualité des hommes est une illusion et en quoi elle nous enferme toutes et tous. Léane Alestra nous explique pourquoi il est primordial pour les hommes d’être hétéros (ou du moins de le faire croire !) dans la société patriarcale dans laquelle on vit. Mais elle va plus loin en mettant à nue les rouages du patriarcat, son fonctionnement, ses leviers, ses conséquences désastreuses mais aussi en quoi la question du genre ne peut pas se penser seule mais en lien avec les questions de classe sociale, de race, d’âge ou même de validisme (j’ajouterai d’espèce même si elle n’en parle pas).
Elle termine sur une réflexion porteuse d’espoir en nous montrant à quel point les hommes seraient libérés s’ils se libéraient eux-mêmes du poids qui pèse sur leurs épaules et qu’ils font reposer sur le reste de la population humaine (et non humaine). Mais elle nous invite à ne pas attendre que les hommes se libèrent et nous libèrent par la même occasion.
Non elle nous invite au contraire à ne plus attendre et à nous libérer de notre besoin de validation masculine (oui parce qu’on n’a beau être féministe, soyons honnête on ne se libère pas si facilement de tout ce que le patriarcat à déposer à l’intérieur de nous), à nous libérer aussi de cette fausse idée que seul le couple hétéro nous apporterait le bonheur et à faire le deuil de l’idée que nous serions capables de changer, par la seule force de notre amour, les hommes que nous aimons. Car non, les hommes ne changeront pas seulement pour nous, sans comprendre profondément à quel point ils sont eux-mêmes victimes de ce système pyramidal et mortifère. Et « pour qu’un individu homme puisse pleinement être attiré par les femmes, il doit donc précisément renoncer au fait d’en être un ». Autant dire que ce n’est pas demain la veille et qu’on a bien autre chose à faire que d’attendre ce qui n’adviendra peut être jamais !
Dis comme ça vous vous dites peut être, si vous avez déjà lu beaucoup d’essais féministes, que vous n’apprendrez rien de plus en lisant ce livre. Et bien je vous le dis, je pense que peu importe l’endroit où vous vous situez sur l’échelle de la connaissance vous apprendrez des tonnes de choses et vous serez amené.e à réfléchir beaucoup ! Même avec une relecture deux ans plus tard j’ai encore appris et débloqué des choses. Et si vous êtes un homme et que vous acceptez d’être ébranlé et de vous mettre en dissonance cognitive (en vrai vous l’êtes déjà tout le temps sans vous en rendre compte, mais vous saurez pourquoi en lisant le livre) je peux vous garantir que vous en ressortirez grandis bien qu’un peu plus légers 😉.
Merci de m’avoir lue.
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