
Après trois tentatives infructueuses, j’ai enfin réussi à terminer ce livre qu’on me présente comme un chef-d’oeuvre depuis des années.
Je dois bien avouer qu’il n’est pas si facile d’en parler. J’ai beaucoup aimé le début, je crois même pouvoir dire que je ne l’oublierai jamais tant je le trouve incroyable. Le reste, et bien je ne sais pas trop. Bien sûr c’est une fresque impressionnante que je ne suis pas prête d’oublier dans son ensemble, bien sûr c’est une prouesse littéraire et c’est un objet inclassable. Comme beaucoup, j’ai été saisie par de nombreux passages mais pour autant, le personnage de Modesta m’a éloignée petit à petit. À la fin, je ne pouvais plus vraiment la supporter et je dois dire que l’omniprésence de l’inceste et sa romantisation m’a écœurée jusqu’au dégoût.
Ce personnage de Modesta est quand même assez problématique bien qu’elle soit toujours décrite comme une femme libre et explorant sa sexualité sans tabou. Je n’incrimine pas Goliarda Sapienza, pas du tout. Elle vivait à son époque c’est tout. Et heureusement que nous avons des livres pour témoigner des époques.
Mais aujourd’hui qu’est-ce qu’on en fait ? Il est vrai que l’inc*ste est tel qu’on ne le voit pas ou qu’on l’oublie toujours. Alors c’est sûr que si on a lu ce livre à 20 ans ou si on ne connaît rien de cette mécanique du silence qui entoure l’inceste, c’est normal de passer à côté (je ne cherche donc à culpabiliser personne qui ne l’aurait pas vu dans ce livre). Pour autant, je crois que c’est notre devoir à nous aujourd’hui de faire l’effort de voir l’inceste partout où il est et de ne plus le déguiser en amour parce qu’il n’en est pas un. La littérature porte son déni, à nous maintenant de l’envisager avec un regard critique. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas lire ce livre, encore moins le récrire (voir mon article sur « Toutes les époques sont dégueulasses » de Laure Murat), juste l’aborder pour ce qu’il est : un livre et un personnage qui sont le fruit d’une époque, avec tout ce que ça implique de bon comme de mauvais mais qu’il faut maintenant accepter de regarder différemment et de critiquer. Et cela implique donc de reconsidérer nos icônes…

Cette page vient du journal de Cécile Cée (Ce que Cécile sait, journal de sortie d’inceste). Elle illustre bien ce qui se passe avec L’art de la joie et avec l’arbre généalogique de Modesta. Le cerveau vrille, ne voit pas, oublie. Mais je crois qu’il est temps qu’on force nos cerveaux à voir et à ne pas oublier pour pouvoir en parler.
« L’inceste, c’est une guérilla du silence. Ses soldats sont innombrables » (Charlotte Pudlowski, Ou peut être une nuit).
Ne soyons plus ses soldats. Le consentement c’est celui d’une époque entière alors à nous de choisir de quel côté de l’historie on veut se placer dans cette époque qui est la nôtre.
Merci de m’avoir lue.
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